Vamara KAMAGATÉ, un SDF sans-papiers présumé coupable de viol immaginaire

Un soir de février 2008, alors qu’elle se promenait sur le boulevard Lenoir à Paris dans le 11ème arrondissement aux environs de 19h, Alexandra G., âgée d’une vingtaine d’années et étudiante en médecine, est violemment agressée sexuellement par un homme noir d’une soixantaine d’année, un black comme dirait certains.

Il l’a injuriée, saisie par le cou, lui a passé la main sous les vêtements afin de lui pincer les seins. Il mit la main sous son jean, lui caressa le sexe avant finalement de la repousser. C’est traumatisée et accompagnée de son petit ami, policier, qu’elle se rendit dans un commissariat porter plainte. Le médecin qui l’a examiné aux Urgences Médico- Judiciaires de l’Hôtel Dieu à Paris, lui a établi un certificat médical prescrivant une Incapacité Totale de Travail (ITT) de 10 jours suite à stress post-traumatique.

L’enquête de police sera très rapide, car un individu, Sans Domicile Fixe (SDF) de son état, correspondant au signalement, Vamara KAMAGATÉ, même s’il n’a que 46 ans, a été arrêté récemment dans la zone pour séjour irrégulier en France et conduit dans un Centre de Rétention [1] en vue d’une expulsion vers la Côte d’Ivoire, son pays d’origine. Il est agressif envers les femmes lorsqu’il a bu, allant même jusqu’à les traiter de salope, comme le témoigne un commerçant du coin.

Vamara KAMAGATÉ qui ne sait ni lire, ni écrire, est en France depuis 20 ans, dont treize en tant que SDF. Il est extrait du Centre de Rétention en vue d’un interrogatoire pendant lequel il nie tout. Le procureur estima cependant avoir assez de preuve de sa culpabilité, car il a été identifié par la victime. Certes, pas de manière formelle, mais la victime aurait reconnu son bonnet noir !

Deux jours seulement après son arrestation, lors d’une audience expresse, dans le cadre de la procédure dite de « comparution immédiate » et assisté d’un avocat commis d’office, Vamara KAMAGATÉ est condamné à 18 mois de prison ferme avec interdiction du territoire français d’une durée de trois ans dès sa sortie de prison. Il ne fit pas appel et la condamnation devient définitive. Il sera incarcéré à la prison de Fresnes.

Alexandra G. qui n’était pas présente à l’audience obtint 3 000 euros d’avance en réparation du préjudice subi. Justice fut faite !

Coup de théâtre le 14 mai 2008. Dans une lettre adressée à son avocat, Alexandra G. avoue avoir tout inventé. Elle l’aurait fait afin d’attirer l’attention sur elle, car des agressions antérieures dont elle aurait été victime, n’auraient pas été suffisamment pris en compte par ses proches. Elle affirmera plus tard ne pas avoir pensé qu’un homme serait condamné sur des preuves si légères.

L’avocat de Vamara KAMAGATÉ, qui n’a pas interjeté appel à l’issue de son procès, ne l’a pas non plus assisté afin de faire une demande auprès de la Commission de Révision de la Cour de Cassation. C’est paradoxalement, l’avocat d’Alexandra G. et le juge qui l’a condamné, avec l’aide du Ministre de la justice qui déclenchèrent la procédure.

Pendant ce temps, personne ne songea à informer Vamara KAMAGATÉ qui croupissait toujours sous les geôles de la prison de Fresnes de la procédure en cours. Il restera au total 6 mois en prison dont quatre après la lettre d’Alexandra G.

Le 6 septembre 2010, en pleine nuit dans un palais de justice désert, après avoir fait attendre Monsieur KAMAGATÉ pendant sept heures, les juges l’ont reconnu non coupable lors d’un nouveau procès qui a duré quelques minutes. Lui qui venait d’échapper à de nombreux mois de prison et à un fichage en tant que délinquant sexuel, a eu pour seule question à l’issue de l’audience de savoir où se trouvait la sortie du palais de justice.

Cependant, cette issue favorable ne changeait rien concernant la procédure d’expulsion initiée par le Préfet suite à son séjour irrégulier.

Dans la nuit du 4 au 5 juillet 2011, Vamara KAMAGATÉ a été expulsé de la vie, il est décédé dans l’indifférence à Paris.

Notes:
Libération [2]
Maître Eolas [3]


Notes

  1. Prison pour sans-papiers en attente de leur expulsion []
  2. http://www.liberation.fr/societe/0101573352-le-sdf-bouc-emissaire-et-la-victime-imaginaire []
  3. http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/09/07/Vamara-Kamagate-relaxé []

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