Droit de vote des étrangers, l’hypocrisie française

ballot boxOn savait déjà que l’administration encaissait l’argent des impôts des sans-papiers d’un côté, mais d’un autre côté refusait de reconnaître ces mêmes sans-papiers quand il s’agissait de délivrer des permis de travail. Ce que le ministre de l’Identité Nationale a qualifié lui-même d’ « Hypocrisie d’Etat ». L’autre grande hypocrisie dont on parle moins concerne le droit de vote des étrangers non ressortissants d’un pays de l’Union Européenne (UE) aux élections locales.

Ainsi, un ressortissant camerounais vivant en France en situation régulière depuis 20 ans, parlant parfaitement le français (le français est avec l’anglais l’une des deux langues officielles de son pays d’origine, ancienne colonie française et anglaise), propriétaire de son appartement et payant non seulement son impôt sur le revenu mais aussi sa taxe d’habitation et sa taxe foncière n’a pas son mot à dire lors des élections municipales.

Dans le même temps, un ressortissant Letton, arrivé la semaine dernière de Riga pour établir son domicile à Sail-sous-Couzan avec sa famille (sans la procédure complexe de regroupement familial), ne parlant pas un mot de français, n’ayant pas signé un Contrat d’Acceuil et d’Intégration et surtout n’ayant jamais payé le moindre centime d’impôt local, a le droit de peser dans le choix de l’exécutif municipal de cette commune de la Loire.

Certains peuvent se demander pourquoi le ressortissant camerounais en question n’a pas demandé la nationalité française. Il faut remarquer d’une part que le ressortissant Letton ne l’a pas non plus demandé et d’autre part que son pays peut interdire la double nationalité (Daniel Cohn-Bendit né en France mais Allemand, qui n’a jamais été élu dans scrutin national en sait quelque chose) ou tout simplement c’est pour les mêmes raisons que Carla Bruni, épouse du président français qui vit en France depuis 36 ans, qui n’a jamais demandé sa naturalisation et n’est pas française au jour de la rédaction ce cet article [1] .

Le gouvernement UMP et ses députés qui viennent de rejeter l’amendement du groupe PCF-Verts visant à accorder le droit de vote aux étrangers non communautaires « résidant sur le territoire français, après une présence légale continue de 5 ans, dans les conditions déterminées par la loi » sont pourtant prompt à aller chercher des exemples à l’étranger (« Il faut installer plus de caméras dans les rues, car on est loin du nombre de caméras en Angleterre », « En Angleterre, si un chômeur refuse un emploi, il est radié de l’assurance chômage , on doit faire pareil»,…).

Justement, au Royaume Uni, notre ressortissant camerounais aurait eu le droit de vote aux élections municipales, mais pas seulement. Tous les ressortissants d’anciennes colonies britanniques, regroupées au sein du Commonwealth (rien qu’en Afrique il y-a 18 pays membres du Commonwealth dont le Cameroun) ont le droit de vote et d’éligibilité à toutes les élections pour peu qu’ils aient au moins 18 ans. Ce ressortissant camerounais aurait donc pu se présenter dans une « Constituency » pour y être élu au parlement britannique. Cela au nom des liens historiques, culturels et linguistiques entre le Royaume Uni et ses anciennes colonies. En France, ces liens comptent pour du beurre, sauf quand il s’agit de promouvoir la culture, la langue et l’influence française dans le monde.

Plusieurs autres pays en Europe accordent le droit de vote aux étrangers hors UE selon leur durée de résidence : Irlande (5 ans), Suède (3 ans), Danemark (3 ans), Pays Bas (5 ans), Finlande, Luxembourg, Belgique, Estonie, Lituanie, Slovénie,… D’autres selon le critère de réciprocité : Espagne, Portugal, République Tchèque, Malte. Dans le monde hors UE, on peut citer la Suisse (Cantons de Neuchâtel, Jura, Vaud), le Burkina Faso, la Nouvelle Zélande, l’Argentine,…


Notes

  1. Le président français s’est piégé lui-même, considérant comme suspicieux le mariage entre un français et un étranger, il a fait voté une loi dont il n’imaginait sans doute pas qu’elle s’appliquerait à lui, portant le délai pour obtenir la nationalité française par le conjoint étranger à 4 ans. Mais Carla Bruni peut toujours obtenir la nationalité française par décret beaucoup plus tôt, ce qui sera sans doute le cas []

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1 Response

  1. avril 4, 2010

    […] la lutte contre la x©nophobie et le racisme doivent ªtre une priorit© absolue de …Droit de vote des ©trangers, l’autre hypocrisie d’Etat …Actualit© de l’immigration , lutte contre le racisme et la x©nophobie … 18 pays membres […]

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